Souveraineté de l'IA : la panne la plus coûteuse, c'est celle qu'on s'inflige
Fin juin, garden party du MEDEF. Entre deux coupes, une conférencière qu’on n’attend pas vraiment dans ce décor : Asma Mhalla, venue parler géopolitique de l’IA et souveraineté numérique à une salle de patrons. Mon premier réflexe a été l’agacement. Pourquoi inviter quelqu’un qui inquiète les dirigeants, alors que ce dont le pays a besoin, c’est d’accélérer son adoption de l’IA, point ? J’ai failli m’arrêter à cette impression.
Puis je l’ai réécoutée. Une deuxième fois, pour de bon, en ouvrant mon esprit à tout ce qu’elle couvre. Et honnêtement, il m’a fallu une semaine pour digérer. Voici où j’ai atterri.
Ce qui m’a d’abord agacé : « tout est politique »
Son fil conducteur, c’est que les choix techniques sont des choix politiques, que l’IA est d’abord une affaire de puissance et de géopolitique. C’est brillant comme accroche. Mais ça prouve un peu trop. Son raisonnement : puisque les États-Unis peuvent nous couper l’accès à leurs modèles, il faut chercher l’indépendance. Sauf que, poussé au bout, le même argument dit tout et son contraire. Si le danger, c’est que Washington nous coupe les vivres ou nous attaque, alors aucune usine ne devrait avoir un seul site de production non plus. Une formule qui s’applique à tout finit par ne plus rien trancher.
Je dois lui reconnaître la finesse : elle formule cela stratégiquement, sans jamais tomber dans le catastrophisme brutal. Et il faut le dire clairement, cerveau d’une rapidité rare, un débit qui vous oblige à courir derrière elle. Une intervention qui vous oblige à réécouter, c’est déjà une intervention qui compte. Elle porte d’ailleurs ce discours depuis une bonne dizaine d’années : que le numérique est, avant tout, une question politique. Ce n’est pas une lecture de l’instant, c’est une conviction ancienne.
Mais la dépendance, elle, est bien réelle
Là où je l’ai suivie sans réserve, c’est sur la dépendance. Et l’actualité tombait à pic : quelques semaines avant sa conférence, dans la foulée d’un décret américain faisant de l’IA un enjeu de sécurité nationale, l’accès à Mythos, un modèle de cyberdéfense particulièrement avancé, a été réservé aux seuls ressortissants des États-Unis. Là, on quitte la théorie. Un fournisseur peut fermer la porte du jour au lendemain.
Ça, un industriel le comprend immédiatement, parce que c’est un risque qu’il connaît déjà par cœur : le fournisseur unique, le single source qui vous tient. Vingt-cinq ans en usine me l’ont appris dans les tripes, pas sur un slide. J’ai vu une ligne à l’arrêt plusieurs jours après une cyberattaque. Le risque existe, il serait malhonnête de le nier.
Le vrai risque que je vois sur le terrain : la paralysie
Et pourtant. Sur le terrain, ce qui détruit le plus de valeur, ce n’est pas l’attaque. C’est la peur. Je vois des directions informatiques et des équipes cyber si restrictives que, c’est vrai, il n’y a pas d’incident. Mais il ne se passe plus rien non plus. L’innovation est ralentie, les projets meurent avant de naître, les salariés se désengagent. La création de valeur, elle, est bel et bien à l’arrêt.
La disproportion entre la peur qu’on met aujourd’hui dans tout et le risque réel me paraît énorme. Et personne ne la mesure, parce qu’une panne qu’on s’inflige à soi-même ne fait pas de bruit. C’est pourtant la plus coûteuse.
La doctrine de la voiture
Je la répète souvent, cette image. La meilleure façon de ne jamais avoir d’accident, c’est de ne pas rouler. Si on faisait aux conducteurs la peur qu’on fait aujourd’hui aux dirigeants sur l’IA, plus personne ne prendrait le volant. Or nous avons, collectivement, accepté le risque de la route, les accidents, les blessés, le coût pour la communauté, pour une valeur supérieure : la liberté de nous déplacer.
L’IA relève du même arbitrage. Le rôle d’un bon conseil n’est pas de rassurer en interdisant, ni de foncer en niant les dangers. C’est de poser honnêtement toutes les options sur la table du dirigeant, y compris celle d’accepter une exposition un peu plus grande pour tester les modèles de pointe, à la seule condition qu’il soit parfaitement conscient des enjeux. C’est ça, prendre le volant en connaissance de cause : une stratégie lucide, pas une peur bien rangée dans un classeur.
Accélérer, mais en sécurité
Ma conclusion tient en deux mots qui vont ensemble : accélérer, en sécurité. Ce qui manque aujourd’hui, ce ne sont pas des raisons de ne pas bouger, on en trouvera toujours. C’est un référentiel qui dise qui, dans l’informatique, a la compétence d’accélérer en sécurité, plutôt que de tout figer par précaution. C’est précisément ce que je construis avec ANGLE 360.
Le geste concret, pour un dirigeant industriel, lundi matin : soignez la relation avec votre DSI, car tout repose sur elle, elle est la garante de votre sécurité informatique. Mais adjoignez-lui un regard externe et indépendant, pour vérifier qu’elle protège sans scléroser. La bonne question à poser autour de la table : qu’est-ce que nous ne faisons pas aujourd’hui, uniquement par peur ?
Merci à Asma Mhalla pour la secousse : une intervention qui vous force à réécouter puis à digérer une semaine, ça ne court pas les rues. Je ne partage pas tout, loin de là. Mais je vais m’en servir pour renforcer Angle Intelligence, parce que la souveraineté qui compte vraiment pour un dirigeant, ce n’est pas de se couper du monde, c’est de garder la main sur ses choix.
Pour le panorama complet, lisez le guide L’IA dans l’industrie. Voir aussi : Quel outil d’IA pour quel usage industriel. Vous vous demandez par où commencer ? Situez votre maturité IA en 2 minutes, ou parlons-en 20 minutes.